Global Industrie, le plus grand salon industriel français vient de fermer ses portes à Villepinte. 2 300
exposants, 3 000 machines en fonctionnement, des allées bondées de dirigeants en
quête de solutions. Mais derrière la vitrine, que doivent réellement retenir les patrons
de PME et d’ETI ? Gianni Serazzi, consultant lyonnais spécialisé en transformation
digitale industrielle, livre son analyse.
Quatre jours, 100 000 m², des ministres, des robots, des jumeaux numériques et beaucoup
de promesses. L’édition 2026 de Global Industrie, qui s’est tenue du 30 mars au 2 avril à
Paris-Villepinte, a confirmé une tendance de fond : l’industrie française accélère sa mutation
digitale. Mais à quelle vitesse, et pour qui ?
Pour y voir clair, nous avons sollicité Gianni Serazzi, fondateur de NexStep Consulting à
Lyon, qui accompagne depuis près de dix ans les PME et ETI industrielles d’Auvergne-
Rhône-Alpes dans leur transformation digitale. Son regard de praticien, confronté chaque
semaine aux réalités des ateliers, offre un contraste saisissant avec l’effervescence des
allées de Villepinte.
Ce que Gianni Serazzi retient de Global Industrie 2026
Le salon a mis en lumière trois grandes tendances : l’explosion de l’IA industrielle, la montée
en puissance de la cobotique et l’accélération de la maintenance prédictive. Des sujets que
Gianni Serazzi connaît par cœur, lui qui les déploie au quotidien dans les usines de la région
lyonnaise.
« Ce qui m’a frappé à Villepinte, c’est l’écart entre ce qui est montré sur les
stands et ce que je vois dans les ateliers de mes clients. Les technologies sont
là, elles sont mûres, elles sont accessibles. Mais la majorité des PME
industrielles n’y ont toujours pas accès, faute d’accompagnement adapté. »
Gianni Serazzi, fondateur de NexStep Consulting
Un constat d’autant plus frappant que les chiffres le confirment : si 66 % des grandes
entreprises françaises se déclarent « matures » dans leur adoption du 4.0, la réalité des
PME et ETI reste bien différente. Selon Gianni Serazzi, la majorité d’entre elles en sont
encore au stade du suivi de production sur fiches papier.
L’IA industrielle selon Gianni Serazzi : utile, mais pas magique
Star incontestable du salon, l’intelligence artificielle était partout à Global Industrie 2026 :
optimisation des cadences, détection de défauts par vision, prédiction de pannes. Mais
Gianni Serazzi met en garde contre le mirage technologique.
« L’IA, c’est formidable. Mais pour qu’elle fonctionne en usine, il faut
d’abord des données fiables. Et pour avoir des données fiables, il faut des
capteurs, un réseau, une gouvernance. Beaucoup de PME n’en sont pas
encore là. Avant de parler d’IA, il faut parler de données. »
Gianni Serazzi
Pour le fondateur de NexStep Consulting, la première étape n’est pas l’algorithme mais le
capteur : connecter les machines, collecter de la donnée fiable, construire un tableau de
bord avant de penser prédictif. Une approche par paliers que Gianni Serazzi déploie
méthodiquement chez ses clients de la Plastics Vallée et du couloir chimique lyonnais.
Gianni Serazzi et le paradoxe français : des solutions, mais pas de passage à l’échelle
Le paradoxe que Gianni Serazzi identifie à la sortie de Global Industrie 2026 est le suivant :
la France dispose d’un écosystème technologique de premier plan — 600 startups en IA
industrielle, des intégrateurs de qualité, des financements publics — mais le taux de
passage à l’échelle reste désespérément faible chez les entreprises de taille intermédiaire.
« Le problème n’est pas l’offre. Le problème, c’est le dernier kilomètre : qui
va dans l’usine, comprend les contraintes du directeur de production, et
traduit la technologie en gains concrets ? C’est ce métier-là qui manque. »
Gianni Serazzi
Un enjeu de « dernier kilomètre » que Gianni Serazzi connaît intimement : avec ses 22
consultants, NexStep Consulting réalise environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en allant précisément là où les grands cabinets ne vont plus — dans les ETI de 200 à 800 salariés, où l’agilité des dirigeants fait toute la différence…
Le conseil de Gianni Serazzi aux dirigeants qui ont visité le salon
Pour les patrons de PME et ETI qui rentrent de Villepinte avec des brochures plein les
poches et des idées plein la tête, Gianni Serazzi a un conseil très concret.
« Ne commencez pas par la technologie que vous avez vue au salon.
Commencez par votre problème. Où perdez-vous du temps, de la qualité, de
la marge ? Identifiez un cas d’usage, lancez un pilote, mesurez le ROI en trois mois. C’est comme cela qu’on transforme une visite de salon en résultats en usine. »
Gianni Serazzi, NexStep Consulting
Un pragmatisme que Gianni Serazzi résume en une formule : « Ne cherchez pas la
révolution. Cherchez le premier résultat. » Une philosophie de terrain, forgée en vingt ans de
conseil industriel, qui n’a peut-être pas la séduction d’un stand à Villepinte — mais qui a le
mérite de fonctionner.
Qui est Gianni Serazzi ?
Franco-italien né à Turin, diplômé d’une grande école de commerce lyonnaise, Gianni
Serazzi a fondé NexStep Consulting en 2016 après treize ans en cabinets
internationaux. Basé à Lyon Part-Dieu, son cabinet de 22 consultants accompagne les
PME et ETI industrielles d’Auvergne-Rhône-Alpes (mécanique, chimie, plasturgie,
agroalimentaire) dans leur passage à l’industrie 4.0.
Global Industrie 2026 en chiffres
- 30 mars – 2 avril 2026, Paris-Villepinte
- 2 300 exposants, 100 000 m²
- 3 000 machines en fonctionnement
- 6 thématiques : digitalisation/IA, énergie, environnement, automatisation, process,
services - Présence ministérielle : Roland Lescure, Stéphane Séjourné
